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Posts Tagged ‘Turquie’

Deux pays, lointains et proches à la fois de notre Hexagone, débattent actuellement d’un passé qui ne passse pas. L’Ukraine d’une part, à propos du bilan des victimes de la famine terrifiante de 1932, et la Turquie, à propos du génocide (terme contesté par les lois du pays) contre les Arméniens en 1915. L’article référent étant inaccessible aux non-abonnés à Courrier International, je cite ici quelques extraits, en espérant ne pas dépasser le quota imposé par la loi sur les droits d’auteurs :

« Le chroniqueur Ali Bayramoglu est l’un des quatre intellectuels qui ont lancé, le 15 décembre sur Internet, une pétition d’excuses aux victimes des massacres de 1915. Il explique le pourquoi de cette initiative, soutenue à ce jour par plus de 25 000 personnes. »

« Voici le texte de la pétition mise en ligne le 15 décembre sur le site ozurdiliyoruz.com :
“Ma conscience ne peut accepter que l’on reste insensible à la grande catastrophe dont ont été victimes en 1915 les Arméniens de l’Empire ottoman et que l’on nie cette réalité. Je refuse cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes frères et sœurs arméniens et je leur demande pardon.” « 

« le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a quant à lui dénoncé cette campagne, qui, selon lui, “n’a d’autre but que de provoquer des troubles”, stigmatisant au passage les intellectuels qui l’ont initiée. Si vous vous rendez sur le site ozurdiliyoruz.com [Nous demandons pardon], vous verrez les noms de près de trois cents personnalités parmi lesquelles figurent les spécialistes les plus compétents de cette période de l’Histoire, les écrivains, artistes et journalistes les plus en vue du moment et qui incarnent de ce fait la frange la plus dynamique de l’intelligentsia turque. »

Dans ces deux cas douloureux, le problème du débat autour de la mémoire se double du débat autour du repentir : ce dernier est-il nécessaire ? Et si oui, qui doit l’exprimer ?

Car les véritables coupables ne sont presque jamais ceux qui s’excusent. L’Allemand qui tomba à genoux devant le monument aux victimes du nazisme à Varsovie fut un résistant à Hitler, le chancelier Willy Brandt. En Russie, le pouvoir actuel se crispe dès qu’on évoque la responsabilité de l’état soviétique dans la famine meurtrière de 1932. Et ceux qui ravivent courageusement le débat sur les massacres d’Arméniens en Turquie sont des intellectuels libéraux dont les familles ne furent pas impliquées.

Dans tous les cas, on ne peut faire l’économie d’une réflexion profonde, qui confronte les historiens, les témoins directs, les medias et les politiques. La démocratie ne consiste pas automatiquement en une mise à niveau générale qui satisfasse tout le monde. Elle est surtout l’établissement de contre-pouvoirs libres de s’exprimer. Parler est presque toujours préférable à se taire.

RV

Illustration : Kiki

histoire-et-memoire

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