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Posts Tagged ‘histoire’

Le titre est emprunté à une chanson de Leonard Cohen, The Future, tirée de l’album éponyme.

Cela fait un bon moment que je me pose la question : quand les défenseurs du libéralisme s’arrêteront-ils de faire croire qu’ils sont devenus keyneso-marxistes devant les dérapages à répétition de leur système chéri ? La réponse vient de me sauter au nez : maintenant.

Maintenant, c’est le retour d’une guerre froide de pacotille, mais suffisamment mise en scène pour que ça marche. Réunion de l’OTAN à Strasbourg : pendant qu’un quartier périphérique pas assez bourgeois était sacrifié au profit de la sécurité du centre, tous les chefs d’Etat se réjouissaient de la vigueur d’une organisation créée il y a 60 ans pour… contrer l’URSS.

Quoi, me dites-vous, le communisme est mort ?

Mais que nenni mon brave ! Il reste la Corée du Nord ! Elle vient d’ailleurs de manifester l’utilité d’un OTAN combatif, prêt à défendre le monde libre, en faisant exploser, contre toutes les lois internationales (imposées par des puissances qui avaient fini de faire péter leur arsenal sur le dos du reste du monde) un missile atomique qui met en péril la paix mondiale ! Et qu’on ne s’y trompe pas, ces malades de communistes de Corée du Nord seront défendus au Conseil de Sécurité de l’ONU par la Chine et par l’UR… pardon, la Russie, hein, comme au bon vieux temps !

C’est à peu près aussi sérieux que si Bush, désormais en retraite, décidait de rejouer la guerre de Sécession. Mais ça va fonctionner. L’OTAN est le dernier rempart solide contre les dictatures et le terrorisme. L’Amérique est de retour, la France l’a rejointe, une vision du monde toute neuve faite avec des bouts de vieux est enfin en train d’éclore. Y’en a qui doivent « bicher », comme dit ma tante. Lookhead, Dassault, GIAT, EADS, Rosoboronexpor, Dongfeng, si une partie de ces noms ne vous dit rien, vous les trouverez en farfouillant un peu le net, notamment ici. Cela s’appelle le compexe militaro-industriel. Qui n’est pas, mais alors pas du tout, encombré d’états d’âme pseudo keyneso-marxistes.

RV

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Noël a garni mes souliers d’un fort joli cadeau, l’intégrale des aventures de Tintin, y compris les Soviets et l’Alph’Art.

En me replongeant dans ces aventures cent fois relues, je me demandais si j’avais bien fait, cette année encore, de donner à mes élèves de 1ère une page de Tintin au Congo à étudier, comme exemple de la bonne conscience paternaliste et méprisante des colons européens au début des années 30.

Sans être aussi tintinophile qu’Albert Algoud, qui a fait de cette passion plusieurs livres intéressants, et sans vouloir paraphraser le contenu délectable de Tintin chez le psychanalyste, il me semble qu’Hergé mérite mieux que ça.

Caricatural, il l’est – mais c’est le lot de la BD d’aventures en général. Certes, politiquement, Tintin ne fait pas dans la grande finesse au début de ses péripéties : Tintin chez les Soviets est un des livres les plus anticommunistes primaires qui soient -et en même temps, certains passages, avec le recul de l’histoire, sonnent étonnamment juste. Certes, l’Etoile mystérieuse fait affleurer un antisémitisme nauséabond (ce qui est un pléonasme, bien entendu) sous les traits et les patronymes des méchants de l’histoire. Ce qui sera rectifié dans les éditions modernes.

Mais humaniste, il l’est aussi : d’une façon parfois condescendante, mais claire, Tintin et à l’occasion Haddock défendent les Gitans (Les bijoux de la Castafiore), les Indiens (Tintin en Amérique ou l’Oreille cassée), les civilisations précolombiennes (Le Temple du soleil). Le sceptre d’Ottokar est une allusion à la montée du nazisme, et l’Affaire Tournesol juge par la bande les régimes dictatoriaux de l’Europe centrale des années 50. Quant au plus politique des albums, Tintin et les Picaros, il prend fait et cause pour une guerilla d’Amérique centrale, sachant que son leader risque fort d’égaler en inefficacité et en injustice celui qu’il finira par remplacer. Sans même parler de Coke en stock, plaidoyer contre le trafic humain.

Parti de la droite catholique et royaliste, Hergé évoluera doucement vers le centre-gauche. Combien sont-ils  à avoir suivi cette voie ? Car ordinairement, la vieillesse vous déporte plutôt vers la droite. Finalement, Tintin peut rester dans les rayons de nos vieux copains.

RV

Illustration : Kiki

tout-tintin

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Dans la foulée du billet précédent, dont le sujet était le rapport à l’histoire et à la mémoire, je mettrai aujourd’hui en exergue une nouvelle série de blogs d’élèves (après ceux de mes 1ère ES, Cf. ce billet).

Le sujet est cette fois plus grave : aborder la 1ère ou la seconde guerre mondiale. Même dans leurs maladresses et leurs lacunes, ces blogs reflètent, je l’espère, une prise de conscience de la réalité d’un siècle pas encore très lointain.

Voici donc les travaux de mes élèves de 1ère STG 2 (Sciences et Techniques de Gestion) :

Julie et Laura ont travaillé sur la propagande nazie

Benjamin a consacré son blog au D-Day, le 6 juin 1944

Cédric et Laury évoquent le Japon pendant la seconde guerre mondiale

Laurine et Alison étudient la vie quotidienne pendant la seconde guerre mondiale

Ferdi et Johann présentent les camps nazis

Marion a choisi la vie dans les tranchées de la 1ère guerre mondiale

David, Stephan et Sevket retracent les grands procès d’après guerre.

Les élèves de STG ont la réputation fausse de ne pas s’intéresser aux disciplines dites « générales ». Même si l’histoire-géo leur rapporte peu de points  au bac, on voit ici qu’ils la prennent au sérieux !

RV

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Deux pays, lointains et proches à la fois de notre Hexagone, débattent actuellement d’un passé qui ne passse pas. L’Ukraine d’une part, à propos du bilan des victimes de la famine terrifiante de 1932, et la Turquie, à propos du génocide (terme contesté par les lois du pays) contre les Arméniens en 1915. L’article référent étant inaccessible aux non-abonnés à Courrier International, je cite ici quelques extraits, en espérant ne pas dépasser le quota imposé par la loi sur les droits d’auteurs :

« Le chroniqueur Ali Bayramoglu est l’un des quatre intellectuels qui ont lancé, le 15 décembre sur Internet, une pétition d’excuses aux victimes des massacres de 1915. Il explique le pourquoi de cette initiative, soutenue à ce jour par plus de 25 000 personnes. »

« Voici le texte de la pétition mise en ligne le 15 décembre sur le site ozurdiliyoruz.com :
“Ma conscience ne peut accepter que l’on reste insensible à la grande catastrophe dont ont été victimes en 1915 les Arméniens de l’Empire ottoman et que l’on nie cette réalité. Je refuse cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes frères et sœurs arméniens et je leur demande pardon.” « 

« le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a quant à lui dénoncé cette campagne, qui, selon lui, “n’a d’autre but que de provoquer des troubles”, stigmatisant au passage les intellectuels qui l’ont initiée. Si vous vous rendez sur le site ozurdiliyoruz.com [Nous demandons pardon], vous verrez les noms de près de trois cents personnalités parmi lesquelles figurent les spécialistes les plus compétents de cette période de l’Histoire, les écrivains, artistes et journalistes les plus en vue du moment et qui incarnent de ce fait la frange la plus dynamique de l’intelligentsia turque. »

Dans ces deux cas douloureux, le problème du débat autour de la mémoire se double du débat autour du repentir : ce dernier est-il nécessaire ? Et si oui, qui doit l’exprimer ?

Car les véritables coupables ne sont presque jamais ceux qui s’excusent. L’Allemand qui tomba à genoux devant le monument aux victimes du nazisme à Varsovie fut un résistant à Hitler, le chancelier Willy Brandt. En Russie, le pouvoir actuel se crispe dès qu’on évoque la responsabilité de l’état soviétique dans la famine meurtrière de 1932. Et ceux qui ravivent courageusement le débat sur les massacres d’Arméniens en Turquie sont des intellectuels libéraux dont les familles ne furent pas impliquées.

Dans tous les cas, on ne peut faire l’économie d’une réflexion profonde, qui confronte les historiens, les témoins directs, les medias et les politiques. La démocratie ne consiste pas automatiquement en une mise à niveau générale qui satisfasse tout le monde. Elle est surtout l’établissement de contre-pouvoirs libres de s’exprimer. Parler est presque toujours préférable à se taire.

RV

Illustration : Kiki

histoire-et-memoire

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