Ici, les gamins portent les couleurs bleu roi et or du FCSM. Ici, c’est Sochaux, petite ville de 4500 habitants, dans l’agglomération de Montbéliard.
A 30 kilomètres de notre ville, Sochaux vit, presque silencieusement, la fin probable de son épopée industrielle commencée avec les Peugeot il y a deux siècles. Le plus grand site industriel d’Europe, selon LCI, avec 12500 emplois salariés, a commencé son agonie.
La légende dorée est encore vive, et le groupe PSA ne communique pas beaucoup, c’est une litote, sur le véritable cataclysme social qui frappe actuellement la région. Tout va bien au pays des belles voitures, si l’on en croit le site officiel de la marque.
Et pourtant. La crise du secteur automobile, mais aussi et surtout la politique de Peugeot suppriment bien sûr de nombreux emplois. Les équipes de nuit sont également visées.
L’industrie, si vitale en Franche-Comté, dépend en grande partie de Peugeot. Les emplois induits qui en dépendent sont très nombreux. Les sous-traitants régionaux, dont Faurecia est le plus important, répercutent donc, fatalement, le dégraissage de la maison principale. Remarquez, si l’on en croit le site ci-dessus mentionné, tout va bien également…
Depuis le mois de décembre, le sujet préoccupe jusqu’aux élèves de mon lycée. J’ai glané plusieurs fois ces inquiétudes, exprimées par des adolescents qui, tout absorbés qu’ils sont par leur scolarité, leur vie sentimentale ou leurs menus problèmes, n’en voient pas moins la réalité sociale de leurs parents, de leurs amis, de leur région se dégrader. Le plus choquant pour eux étant la semaine de chômage technique imposée à tous les salariés du Lion, juste avant Noël.
Tout cela était-il évitable ? Probablement, et en tout état de cause l’incroyable passivité des constructeurs automobiles français face à l’avenir n’aura pas aidé le pays de Montbéliard à prendre le virage industriel nécessaire. Retrouverons-nous un grand espoir de lutte sociale, tel que la région en a connu avec Lip, Rhodiaceta ou encore -déjà- Sochaux il y a maintenant plusieurs décennies ? Rien n’est moins sûr. Mondialisation, résignation, crise, “chacun-pour-soi-isme”, l’abattement est grand.
Et en plus, le FCSM se traîne dans les profondeurs du classement de Ligue 1. Sale temps, vraiment, pour les Sochaliens.
PS : mon père, Daniel Jeanney, ouvrier puis cadre dans l’industrie bisontine durant près de 40 ans, a fait partie du groupe Medvedkine qui réalisa des petits chefs-d’oeuvre de films militants dans les années 60. L’ensemble est disponible en DVD.
Illustration : Kiki

C’est bien triste … j’ai arrêté d’aller aux matchs à Bonal il y a deux ans. L’apogée de Sochaux est bien lointaine, maintenant … Le stade reste une marque de ce passé, la seule pelouse chauffée de France !
Et puis … C’est vrai que PSA, on passe devant à chaque fois que l’on va à Montbéliard (pour nous les belfortains…) ou Besançon, j’y suis encore passée hier, j’avais un match là-bas, Et …On ne peut pas s’empêcher de penser à toutes les répercutions que la faillite -si un jour, on envisage le pire …- pourraient avoir sur la région ;La Franche comté serait morte ou presque. Ça fait mal au cœur, vraiment. Dans mon entourage, je peux facilement compter dix personnes qui travaillent à Paugeot ou dans une entreprise qui sous-traite avec elle.
RV
Pour avoir occupé un poste en développement économique et industriel au sein du gouvernement, de ce côté-ci de l’Amérique, j’ai assisté à l’agonie de quelques villes mono-industrielles au Québec. J’ai organisé une commission parlementaire pour la fermeture de Shefferville et Gagnonville, au nord du 45e parallèle. Impossible de ne pas en sortir marqué. Profondément marqué. Et les plus enracinés sont ces jeunes qui y sont nés. Pour eux, devoir s’exiler « dans le sud » était insupportable. Et la conscience de vos élèves est remarquable tant par leur questionnement social que par leur acuité. Dans les régions déjà mentionnées, six cent travailleurs avaient perdu leur emploi, ce qui a constitué une catastrophe économique pour la région.
Pierre R.
Marine, Pierre, merci pour vos deux précieux témoignages, dans l’esprit exact de ce que j’imaginais pour Posuto 2 : un espace où les commentaires seraient aussi importants que le billet lui-même !
RV
Me voilà bien mitigé, RV, à la lecture de ton billet…
Faut-il vraiment regretter la fin des bagnoles ?
Je n’en suis pas si sûr. De tous temps, de vieux métiers ont disparu (marchand d’allumettes, sabotier, chapelier, allumeur de réverbère…). Alors bien sûr, pour ceux qui ont tout vécu dans une même entreprise, voir cette entreprise disparaître est triste. Mais la vie change, on ne peut pas toujours rester « comme c’était avant ».
Je connais assez bien un ancien mineur des potasses d’Alsace, aujourd’hui retraité, qui a toujours la larme à l’œil à l’évocation de sa vie dans les mines… Vie dure, dont il est fier, avec raison. Vie qui l’a marquée. Mais peut-on regretter qu’aujourd’hui plus aucun jeune ne soit envoyé par 800 m de fond creuser la potasse dans des tunnels à 45° (il s’agit de la température…) ?
La crise économique actuelle révèle brutalement le « trop de consommation » que nous dénonçons déjà depuis 40 ans (presque 41). La solution « fuite en avant » ne fonctionne plus. Il faut diminuer nos fabrications, réduire notre consommation, et donc fermer des usines dont la production ne se justifie plus dans nos pays trop riches.
On peut dénoncer la mondialisation, qui est effectivement une des causes de la non compétitivité des nos entreprises. Mais elle a l’avantage de donner à manger à des pays qui crèvent de faim. Tant que des hommes seront volontaires pour faire un travail que nous ne voulons plus faire parce qu’il est trop dur, c’est que notre société sera encore trop inégalitaire.
Restent les luttes sociales, qu’il faut bien sûr poursuivre pour « égaliser et répartir » le travail et les revenus. Oui, il est insupportable que 10 % de la population française au chômage crève de faim sous les ponts pendant que les autres, même s’ils ont du mal, survivent presque décemment avec un travail (mal) rémunéré.
Quant au foot, je ne sais pas : je ne suis pas fan !
Je me deamnde de plus en plus si la crise ne sert pas de prétexte.
Dans les années 70 et 80, les chocs pétroliers ont servi d’excuse pour fermer les hauts fourneaux et les mines de charbon. Pourtant, aujourd’hui, on parle d’ouvrir de nouvelles mines, notamment dans la Nièvre.
Je crois qu’il en est de même avec l’industrie, sous prétexte de crise, on ferme les usines ici, pour aller produire moins cher ailleurs.
Jean-Luc, je suis bien mitigé aussi en lisant votre long commentaire : parlons-nous vraiment des mêmes choses ?..
Lenamme, intéréssant point de vue : on laisse pourrir une situation pour mieux s’en débarrasser : ce qui expliquerait que PSA n’investisse pas encore massivement dans la voiture électrique !
RV
Les “Lip”, l’usine bloquée, Charles Piaget au nom de montre suisse (puis service militaire à Montbéliard, 1er RA, disparu depuis)…
La boucle (du Doubs) est-elle bouclée ?
Espoir des luttes, oui, seule bannière qui puisse faire encore vivre.
Merci pour cet article sensible.
Dominique, votre commentaire me fait du bien. Merci. Comtois rends-toi,…
RV
Bonjour,
Je suis en train de me plonger (en vue d’un bouquin) dans l’histoire de Bataville, cité lorraine, capitale de la chaussure qui a vécu de 1931 à 2001 et j’ai l’impression d’y revoir certaines situations. C’est un très émouvant témoignage que vous nous apportez là sur une partie de l’histoire industrielle et sociale française qui s’effondre.
Yibus, merci beaucoup pour votre commentaire, ça me touche.
J’ai découvert le site ce soir et j’ai lu avec un vif intérêt une grande partie des artciles et commentaires.
Je travaille dans l’industrie automobile.
A la différence de Jean-Luc, je ne crois ni à une fin rapide de la bagnole ni au fait que personne en France ne veuille travailler à l’usine parce-que c’est trop dur.
Aujourd’hui, ce sont les usines qu’on délocalise, demain ce seront les bureaux d’études, le processus est en route.
Alors, oui, sans doute d’autres qui en ont autant besoin que nous en profiterons, mais est-ce une raison valable?
D’un côté, la réponse est forcément non : l’équation est impossible, les chômeurs d’aujourd’hui ne seront pas les acheteurs de demain et l’industrie automobile française survivra difficilement à un marché français ou européen en berne.
D’un autre côté, la réponse pourrait être partiellement oui, si on se fixe des limites raisonnables : il semble raisonnable de produire en Inde un véhicule pour les Indiens, ça l’est beaucoup moins pour une voiture destinée à l’Europe. Mais peut-on avoir confiance en les patrons français pour échapper à une politique de rentabilité à court terme qui les pousse à délocaliser?
J’ai des doutes, mais j’ai la chance de travailler au développement d’un futur véhicule électrique. C’est passionnant et j’ai la faiblesse de croire et d’espèrer que c’est en préparant de nouvelles technologies et en les industrialisant près de chez nous que nous sauverons un maximum d’emplois, sans pour autant d’ailleurs, supprimer ceux créés dans les pays en voie de développement.
LNM
LNM,
Merci pour ce commentaire mesuré et pertinent.
Je pense cependant que certaines choses appartiennent définitivement au passé. Et pour ma part, je n’aime pas y retourner, car je n’y reconnais plus, du tout, la personne que je suis devenu. Sans compter que je n’ai nulle envie de devoir la fréquenter à nouveau.
Posuto,
Toutes mes excuses pour cette intrusion sur votre site, ce sera la dernière. Mon intention était d’écrire des commentaires d’actualité sur des sujets actuels que vous traitez fort bien. Un manque de lucidité m’aura sans doute fait conserver un pseudo trop lisible. Il est vrai aussi que les sites ne manquent pas et je n’avais nul besoin de m’incruster sur celui-ci.
En couple depuis maintenant 21 ans (pas mal non? ce n’est pas si courant de nos jours) et avec 3 enfants, je ne suis moi-même plus tout à fait la même personne.
Il est probablement difficile de se reconnaître dans un adolescent quand on a 40 ans, une chose est sûre pourtant, tout dans ce qu’on peut lire et voir sur votre site renvoie à la même personne.
Je ne connais rien aux blogs, mais je suppose que les commentaires sont plus faciles à effacer que le passé, je vous remercie donc de bien vouloir effacer celui-ci ainsi que le précédent.
Espèrant que vous accepterez mes excuses, je souhaite bon vent à posuto.